Maurice Nadeau – Gustave Flaubert

Je viens de terminer l’étude de Maurice Nadeau Gustave Flaubert écrivain (Denoël, 1969. Éditions Maurice Nadeau, 1980. Poche Maurice Nadeau, 2025). Grand prix de la critique littéraire en 1969.

” Il est des œuvres qui suscitent admiration et respect. D’autres qu’on se borne à aimer, à relire, avec lesquelles on noue des rapports secrets, et qui ne sont pas forcément des chefs d’œuvre. D’autres pour lesquelles on s’est enthousiasmé et qui, dix ans, quinze plus tard, ont étrangement perdu leur suc. Rares sont celles qu’on aime et qui vous en imposent, grandissent à chaque lecture, deviennent plus riches, plus émouvantes, plus profondes. L’Education sentimentale est de celles-ci. L’un des grands romans du siècle et l’un de ceux qui ont gardé une inaltérable jeunesse. ” (Poche Maurice Nadeau, page 231)

C’est une bonne occasion pour relire certaines lettres tirées de l’énorme Correspondance de Gustave Flaubert (Bibliothèque de la Pléiade. 5 tomes plus un index – Folio classique n°3126. 1998.)

À Louise Colet

[Trouville] Vendredi soir, 11 heures [26 août 1853].

Ceci est probablement ma dernière lettre de Trouville. Nous serons dans huit jours au Havre et le samedi à Croisset. Au milieu de la semaine prochaine je t’enverrai un petit mot. Le samedi soir, à Croisset, si Bouilhet n’y est pas, je t’écrirai. Tâche que j’aie une lettre de toi en rentrant pour le samedi, ou le dimanche matin plutôt. Cela me fera un bon retour. Quelle bosse de travail je vais me donner une fois rentré ! Cette vacance ne m’aura pas été inutile ; elle m’a rafraîchi. Depuis deux ans je n’avais guère pris l’air ; j’en avais besoin. Et puis je me suis un peu retrempé dans la contemplation des flots, de l’herbe et du feuillage. écrivains que nous sommes et toujours courbés sur l’Art, nous n’avons guère avec la nature que des communications imaginatives. Il faut quelquefois regarder la lune ou le soleil en face. La sève des arbres vous entre au coeur par les longs regards stupides que l’on tient sur eux. Comme les moutons qui broutent du thym parmi les prés ont ensuite la chair plus savoureuse, quelque chose des saveurs de la nature doit pénétrer notre esprit s’il s’est bien roulé sur elle. Voilà seulement huit jours, tout au plus, que je commence à être tranquille et à savourer avec simplicité les spectacles que je vois. Au commencement j’étais ahuri ; puis j’ai été triste, je m’ennuyais. À peine si je m’y fais qu’il faut partir. Je marche beaucoup, je m’éreinte avec délices. Moi qui ne peux souffrir la pluie, j’ai été tantôt trempé jusqu’aux os, sans presque m’en apercevoir. Et quand je m’en irai d’ici, je serai chagrin. C’est toujours la même histoire ! Oui, je commence à être débarrassé de moi et de mes souvenirs. Les joncs qui, le soir, fouettent mes souliers en passant sur la dune, m’amusent plus que mes songeries (je suis aussi loin de la Bovary que si je n’en avais écrit de ma vie une ligne).

Je me suis ici beaucoup résumé et voilà la conclusion de ces quatre semaines fainéantes : adieu, c’est-à-dire adieu et pour toujours au personnel, à l’intime, au relatif. Le vieux projet que j’avais d’écrire plus tard mes mémoires m’a quitté. Rien de ce qui est de ma personne ne me tente. Les attachements de la jeunesse (si beaux que puisse les faire la perspective du souvenir, et entrevus même d’avance sous les feux de Bengale du style) ne me semblent plus beaux. Que tout cela soit mort et que rien n’en ressuscite ! À quoi bon ? Un homme n’est pas plus qu’une puce. Nos joies, comme nos douleurs, doivent s’absorber dans notre oeuvre. On ne reconnaît pas dans les nuages les gouttes d’eau de la rosée que le soleil y a fait monter ! Évaporez-vous, pluie terrestre, larmes des jours anciens, et formez dans les cieux de gigantesques volutes, toutes pénétrées de soleil.

Je suis dévoré maintenant par un besoin de métamorphoses. Je voudrais écrire tout ce que je vois, non tel qu’il est, mais transfiguré. La narration exacte du fait réel le plus magnifique me serait impossible. Il me faudrait le broder encore.

Les choses que j’ai le mieux senties s’offrent à moi transposées dans d’autres pays et éprouvées par d’autres personnes. Je change ainsi les maisons, les costumes, le ciel, etc. Ah ! qu’il me tarde d’être débarrassé de la Bovary, d‘Anubis et de mes trois préfaces (c’est-à-dire des trois seules fois, qui n’en feront qu’une, où j’écrirai de la critique) ! Que j’ai hâte donc d’avoir fini tout cela pour me lancer à corps perdu dans un sujet vaste et propre. J’ai des prurits d’épopée. Je voudrais de grandes histoires à pic, et peintes du haut en bas. Mon conte oriental me revient par bouffées ; j’en ai des odeurs vagues qui m’arrivent et qui me mettent l’âme en dilatation.

Ne rien écrire et rêver de belles oeuvres (comme je fais maintenant) est une charmante chose. Mais comme on paie cher plus tard ces voluptueuses ambitions-là ! Quels renfoncements ! Je devrais être sage (mais rien ne me corrigera). La Bovary, qui aura été pour moi un exercice excellent, me sera peut-être funeste ensuite comme réaction, car j’en aurai pris (ceci est faible et imbécile) un dégoût extrême des sujets à milieu commun. C’est pour cela que j’ai tant de mal à l’écrire, ce livre. Il me faut de grands efforts pour m’imaginer mes personnages et puis pour les faire parler, car ils me répugnent profondément. Mais quand j’écris quelque chose de mes entrailles, ça va vite. Cependant voilà le péril. Lorsqu’on écrit quelque chose de soi, la phrase peut être bonne par jets (et les esprits lyriques arrivent à l’effet facilement et en suivant leur pente naturelle), mais l’ensemble manque, les répétitions abondent, les redites, les lieux communs, les locutions banales. Quand on écrit au contraire une chose imaginée, comme tout doit alors découler de la conception et que la moindre virgule dépend du plan général, l’attention se bifurque. Il faut à la fois ne pas perdre l’horizon de vue et regarder à ses pieds. Le détail est atroce, surtout lorsqu’on aime le détail comme moi. Les perles composent le collier, mais c’est le fil qui fait le collier. Or, enfiler les perles sans en perdre une seule et toujours tenir son fil de l’autre main, voilà la malice. On s’extasie devant la correspondance de Voltaire. Mais il n’a jamais été capable que de cela, le grand homme ! C’est-à-dire d’exposer son opinion personnelle ; et tout chez lui a été cela. Aussi fut-il pitoyable au théâtre, dans la poésie pure. De roman il en a fait un, lequel est le résumé de toutes ses oeuvres, et le meilleur chapitre de Candide est la visite chez le seigneur Pococurante, oû Voltaire exprime encore son opinion personnelle sur à peu près tout. Ces quatre pages sont une des merveilles de la prose. Elles étaient la condensation de soixante volumes écrits et d’un demi-siècle d’efforts. Mais j’aurais bien défié Voltaire de faire la description seulement d’un de ces tableaux de Raphaël dont il se moque. Ce qui me semble, à moi, le plus haut dans l’Art (et le plus difficile), ce n’est ni de faire rire, ni de faire pleurer, ni de vous mettre en rut ou en fureur, mais d’agir à la façon de la nature, c’est-à-dire de faire rêver. Aussi les très belles oeuvres ont ce caractère. Elles sont sereines d’aspect et incompréhensibles. Quant au procédé, elles sont immobiles comme des falaises, houleuses comme l’Océan, pleines de frondaisons, de verdures et de murmures comme des bois, tristes comme le désert, bleues comme le ciel. Homère, Rabelais, Michel-Ange, Shakespeare, Goethe m’apparaissent impitoyables. Cela est sans fond, infini, multiple. Par de petites ouvertures on aperçoit des précipices ; il y a du noir en bas, du vertige. Et cependant quelque chose de singulièrement doux plane sur l’ensemble ! C’est l’éclat de la lumière, le sourire du soleil, et c’est calme ! c’est calme ! et c’est fort, ça a des fanons comme le boeuf de Leconte.

Quelle pauvre création, par exemple, que Figaro à côté de Sancho ! Comme on se le figure sur son âne, mangeant des oignons crus et talonnant le roussin, tout en causant avec son maître. Comme on voit ces routes d’Espagne, qui ne sont nulle part décrites. Mais Figaro où est-il ? À la Comédie-française. Littérature de société.

Or je crois qu’il faut détester celle-là. Moi je la hais, maintenant. J’aime les oeuvres qui sentent la sueur, celles où l’on voit les muscles à travers le linge et qui marchent pieds nus, ce qui est plus difficile que de porter des bottes, lesquelles bottes sont des moules à usage de podagre : on y cache ses ongles tors avec toutes sortes de difformités. Entre les pieds du Capitaine ou ceux de Villemain et les pieds des pêcheurs de Naples, il y a toute la différence des deux littératures. L’une n’a plus de sang dans les veines. Les oignons semblent y remplacer les os. Elle est le résultat de l’âge, de l’éreintement, de l’abâtardissement. Elle se cache sous une certaine forme cirée et convenue, rapiécée et prenant eau. Elle est, cette forme, pleine de ficelles et d’empois. C’est monotone, incommode, embêtant. On ne peut avec elle ni grimper sur les hauteurs, ni descendre dans les profondeurs, ni traverser les difficultés (ne la laisse-t-on pas en effet à l’entrée de la science, où il faut prendre des sabots ?). Elle est bonne seulement à marcher sur le trottoir, dans les chemins battus et sur le parquet des salons, où elle exécute de petits craquements fort coquets qui irritent les gens nerveux. Ils auront beau la vernir, les goutteux, ce ne sera jamais que de la peau de veau tannée. Mais l’autre ! l’autre, celle du bon Dieu, elle est bistrée d’eau de mer et elle a les ongles blancs comme l’ivoire. Elle est dure, à force de marcher sur les rochers. Elle est belle à force de marcher sur le sable. Par l’habitude en effet de s’y enfoncer mollement, le galbe du pied peu à peu s’est développé selon son type ; il a vécu selon sa forme, grandi dans son milieu le plus propice. Aussi, comme ça s’appuie sur la terre, comme ça écarte les doigts, comme ça court, comme c’est beau !
Quel dommage que je ne sois pas professeur au Collège de France ! J’y ferais tout un cours sur cette grande question des Bottes comparées aux littératures. ” Oui, la Botte est un monde “, dirais-je, etc. Quels jolis rapprochements ne pourrait-on pas faire sur le Cothurne, la Sandale ! etc. (…)

La maison de Gustave Flaubert à Croisset. Illustration de sa nièce, Caroline Commanville, pour son livre Souvenirs de Gustave Flaubert ( 1895)

18 de julio de 1936

Aidez l’Espagne (Joan Miró). 1937. Pochoir sur papier.

Le coup d’État militaire contre le gouvernement légitime de la Seconde République espagnole a eu lieu les 17 et le 18 juillet 1936, il y a quatre-vingt dix ans. Cette tentative a été à l’origine du déclenchement de la guerre civile. Elle s’est terminée par la défaite de la République le 1 avril 1939 et a débouché sur l’établissement d’une dictature qui a duré jusqu’en 1975. 39 ans !

Que de morts, que de vies gâchées, que de souffrances !

Une pensée pour Juan Vicente García , né à Elche, le 2 mars 1901 , mort à l’hôpital de Tortosa le 23 juillet 1937 des suites de ses blessures reçues sur le champ de bataille.

https://www.elche.me/biografia/vicente-garcia-juan

Son frère, Rafael Vicente García (né à Elche en 1915), a disparu entre le 25 juillet et le 16 novembre de 1938 pendant la bataille de l’Èbre.

https://www.elche.me/biografia/vicente-garcia-rafael

“Nunca se encontró su cuerpo. Nunca tuvo sepultura. Nunca sus familiares pudieron dejar flores en un nicho o en una tumba. Sus padres y sus hermanos esperaban que volviera. Pensaron en él toda su vida. Se fue a la guerra y no volvió nunca.”

Rafael Vicente García (1915-1938)

Honte aux généraux félons !

Honneur à ceux qui ont fui la dictature de Franco pour devenir des héros de la Résistance française !

André Markowicz – Mordehaï Gebirtig

Les posts d’André Markowicz sur Facebook m’ont poussé à relire certains poèmes de la belle Anthologie de la poésie yiddish. Le miroir d’un peuple, présentée et traduite par Charles Dobzynski. Le poème Notre ville flambe évoque le pogrom de Przytyk. Przytyk est un shtetl de 3000 habitants dans le centre de la Pologne. La population est composée de 80 à 90% de Juifs dans les années 1930. Cette époque est marquée par les tendances fascistes qui influencent largement la droite, les milieux ruraux et catholiques polonais.

Sous l’influence de politiciens nationalistes, de nombreux paysans locaux organisent un boycott des magasins juifs, des attaques contre ceux-ci et la création de commerces concurrents. En décembre 1935, une vingtaine de jeunes juifs créent un comité d’autodéfense pour tenter de protéger les boutiques et les maisons menacées par cet antisémitisme. Le lundi 9 mars 1936 a lieu une foire annuelle à laquelle participe 2000 paysans des environs. Le marché se déroule normalement jusqu’à 14 heures. À ce moment-là, un groupe de paysans polonais veut organiser le boycott des magasins juifs. Ils attaquent les étalages des commerçants, détruisent les marchandises, molestent les marchands. Les groupes d’auto-défense juive interviennent. L’émeute se transforme en pogrom. Les paysans entrent dans les maisons pour détruire. Deux Juifs sont tués, un mari et sa femme, une vingtaine sont blessés dont beaucoup grièvement. Les événements ont un grand retentissement dans le pays. Le 18 mars, le Bund organise une grève de protestation. Le procès des événements débute le 2 juin. 42 polonais et 14 juifs se retrouvent dans le box des accusés. Le verdict est bien plus sévère pour les juifs que pour les polonais. Il est perçu comme totalement injuste par la communauté juive.

Le chant le plus connu du poète Mordehaï Gebirtig (1877-1942) est Undzer shtetl brent (Notre ville flambe). Ce chant de révolte a été écrit en 1938 après le pogrom de Przytyk. Il a des accents prémonitoires et est devenu l’hymne de la jeunesse dans les ghettos, notamment à Cracovie en 1942.

Notre ville flambe (Mordehaï Gebirtig)

Ça flambe, mes frères, ça flambe,
C’est notre ville, hélas, qui flambe,
Des vents cruels, des vents de haine
Soufflent, déchirent, se déchaînent
Les flammes sauvages s’étendent
Aux environs déjà tout flambe.

Et vous, vous êtes là, vous regardez
Les mains immobiles,
Et vous, vous êtes là, vous regardez
Brûler notre ville…

Ça flambe, mes frères, ça flambe
C’est notre ville, hélas, qui flambe
Et les flammes carnassières
Dévorent notre ville entière
Et les vents de colère hurlent
Notre ville brûle.

Et vous, vous êtes là, vous regardez,
Les mains immobiles,
Et vous, vous êtes là, vous regardez,
Brûler notre ville…

Ça flambe, mes frères, ça flambe,
Oh l’heure peut venir, hélas
Où notre ville et nous ensemble
Ne serons plus rien que des cendres,
Seuls resteront, comme après une guerre,
Des murs noircis, des murs déserts.

Et vous, vous êtes là, vous regardez,
Les mains immobiles,
Et vous, vous êtes là, vous regardez
Brûler notre ville…

Ça flambe, mes frères, ça flambe,
Il n’est de salut qu’en vous-mêmes,
Prenez les outils, éteignez le feu,
Éteignez-le de votre propre sang.
Vous le pouvez, alors prouvez-le !

Ne restez pas ainsi, frères, à regarder,
Les mains immobiles,
Frères, n’attendez pas, éteignez l’incendie
Qui brûle notre ville.

1938

Anthologie de la poésie yiddish. Le miroir d’un peuple. Traduction : Charles Dobzynski. Poésie / Gallimard n°352. 2000.

Mordehaï Gebirtig. Plaque commémorative à Cracovie.


Mordehaï Gebirtig, de son vrai nom Bertig, est né le 4 mai 1877 à Cracovie. Il est tué avec sa seconde femme lors de l’Aktion dite du « jeudi sanglant » menée par les nazis dans le ghetto de Cracovie. Toute sa famille perdra la vie dans le camp d’extermination de Belzec. Ébéniste, musicien, homme de théâtre, il a mis lui-même en musique nombre de ses poèmes. C’est un des derniers bardes de l’Europe centrale (Brodersinger). de l’Europe centrale.

https://www.facebook.com/andre.markowicz/posts/candidaturesdabord-cette-impression-de-salet%C3%A9-pas-seulement-pr%C3%A9sente-mais-surtou/4576205135925096/

Juan Ramírez de Lucas – Federico García Lorca

Juan Ramírez de Lucas (Albacete, 1917-Madrid, 2010) aurait été à l’origine des Sonnets de l’amour obscur. Celui que Federico surnommait “El rubio de Albacete” avait alors 19 ans. Il était étudiant et apprenti-acteur dans le Club théâtral Anfistora. Il fut plus tard critique d’art et d’architecture pour les revues Arquitectura de Madrid et Arte y Cemento de Bilbao et le journal ABC.

El País du 5 juillet 2026 annonce la publication en octobre de Recuerdos. Breve historia de un amor de Juan Ramírez de Lucas (Seix Barral. Édition préparée par Christopher Maurer y Víctor Fernández). Il s’agit du journal intime de cet homme et de ses cahiers. Il avait gardé le silence pendant plus de soixante-dix ans.

“Con cerca de 70 años transcurridos si he decidido ahora comenzar este relato es porque considero que estos dolorosos recuerdos no deben quedar solo escondidos en lo más recóndito y secreto de mi vida, pues todo lo que perteneció —de una manera u otra— a la personalidad de uno de los más excelsos, decisivos, permanentes poetas españoles tiene un interés general histórico y no debe quedar recluido en el santuario íntimo de quien tuvo la inmensa fortuna de convivir con el POETA”. (Première page du Journal)

“Muchas resistencias he tenido que vencer para llegar a esta decisión presente, pues siempre mi dolor fue exclusivamente mío, sin posibles consuelos ajenos dadas las especiales circunstancias en las que todo se produjo y también la densa maraña de prejuicios y tabús que envenenaba la vida española de todos aquellos años y los muchos siguientes, que pesaban como losa inamovible sobre mí”.

Le 16 mai 2012, El País avait publié la dernière lettre du poète de Grenade à Juan Ramírez de Lucas. Elle était datée du 18 juillet 1938, jour du coup d’état militaire contre la République. Il lui disait : “No dejes que el río te lleve. Juan, es preciso que vuelvas a reír. A mí me han pasado también cosas gordas, por no decir terribles, y las he toreado con gracia. No te dejes llevar de la tristeza.”

Sur la première de couverture du Journal de Ramírez de Lucas, le prénom Federico est entouré de larmes rouges. Juan a gardé ce secret toute sa vie. Il n’avait jamais rien raconté à personne, pas même à son compagnon.

Dernière lettre de Federico García Lorca à Juan Ramírez de Lucas.

Mi querido Juanito:
He recibido tu carta que aunque triste me ha dado alegría por tener noticias tuyas.
Lo primero que se me ocurre es decirte que como tienes talento debes llevar con talento el enojoso asunto de tu padre. Tu padre no es de tu generación y es lo más natural, no solo el que no te entienda, sino que piense todo lo contrario que tú. Lleva años y años aferrado a unas ideas y a unas normas que te son antagónicas y es natural que choque contigo. Una persona que no tuviera luces, te daría leña para tu fuego; yo te quiero dar agua para tu fuego, flores para tu quemadura. Juan: yo te pido por Dios que sobrelleves a tu padre y le hagas comprender con dulzura y silencio que está equivocado contigo. Si algún canalla o inconsciente le ha contado calumnias tuyas, tú debes hacerle comprender que son calumnias, pero no adoptes actitudes airadas en contra suya. Adopta un aire de gran dignidad hasta que él salga de su ofuscación.
Y desde luego ten fe en ti, nada de desmayos, ten fuerza hijo mío y lee y estudia y piensa que esa tormenta que estás pasando solo servirá para enriquecer tu espíritu. En tu carta hay cosas que no debes, que no puedes pensar. Tú vales mucho y tienes que tener tu recompensa. Piensa en lo que puedas hacer y comunícamelo enseguida para ayudarte en lo que sea. Pero obra con cautela. Estoy muy preocupado contigo pero como te conozco sé que vencerás todas las dificultades porque te sobra energía, gracia y alegría, como decimos los flamencos para parar un tren.
Yo pienso mucho en ti y esto lo sabes tú sin necesidad de decírtelo pero con silencio y entre líneas tú debes leer todo el cariño que te tengo y toda la ternura que almacena mi corazón.
Solo tengo una obsesión y es que quisiera meterte en la cabeza la actitud que debes guardar, llena de fuerza y de astucia para contrarrestar la actitud equivocada de tu padre que tú tienes que encauzar con talento y hombría y respeto.
Conmigo cuentas siempre. Yo soy tu mejor amigo y que te pide que seas político y no dejes que el río te lleve. Juan: Es preciso que vuelvas a reír. A mi me han pasado también cosas gordas por no decir terribles y las he toreado con gracia. No te dejes llevar de la tristeza. Tienes muchas cosas y el mundo aunque nos viera es hermoso.
Bien sabes lo mucho que yo te quiero y por eso te aconsejo prudencia y bien hacer.
No vuelvas a desesperarte. Es de gente débil y tú debes recordar en todo momento que eres un verdadero hombre. Dime todos tus proyectos.
Yo empiezo ahora a trabajar de nuevo y tengo un espíritu caluroso en buena disposición para aconsejarte.
Muchos recuerdos a “tus hijos te formaron” y tú recibe un abrazo cariñoso de este gordinflón poético que tanto te quiere.
Federico
Estoy en mi huerta. El día 18 es día de mi Santo.
Escríbeme enseguida y ¡por Dios! que estés más contento kiquiriquí.
¡Ya viene Don Berondian Pollino!
Señas Sr. D. Manuel Fernández Montesinos
Para FGL
San Antón 39
Granada

Poème dédié à Juan Ramírez de Lucas.

Romance

Aquel rubio de Albacete
vino, madre, y me miró.
¡No lo puedo mirar yo!
Aquel rubio de los trigos
hijo de la verde aurora,
alto, solo y sin amigos
pisó mi calle a deshora.
La noche se tiñe y dora
de un delicado fulgor
¡No lo puedo mirar yo!
Aquel lindo de cintura
sentí galán sin…
sembró por mi noche obscura
su amarillo jazminero
tanto me quiere y le quiero
que mis ojos se llevó.
¡No lo puedo mirar yo!
Aquel joven de la Mancha
vino, madre, y me miró.
!No lo puedo mirar yo!

L’hispaniste Ian Gibson qui a passé la plus grande partie de sa vie à faire des recherches sur García Lorca n’avait pas réussi à obtenir de Juan Ramírez de Lucas une entrevue quand il était encore en vie. Il a publié chez Aguilar cette année No me encontraron. La fosa de Lorca: crónica de un olvido

Vida, pasión y muerte de Federico García Lorca, 1998.

Virginia Woolf – Vanessa Bell

Vanessa Bell, Virginia Woolf.
Baisers du Singe. Correspondance 1904-1941.
Traduction de Carine Bratzlavsky et Anne-Marie Smith-Di Biasio. La Table Ronde. Collection Quai Voltaire. Paru le 23/04/2026. 640 pages.

” De 1904 à 1941, Virginia Woolf et sa sœur Vanessa Bell s’écrivent presque quotidiennement. Leurs lettres racontent les débuts du Bloomsbury Group, les années de guerre et les joies de l’accomplissement artistique et littéraire. Mais ce sont avant tout les lettres de deux femmes émancipées, qui partagent dans l’intimité leurs questionnements sur l’amour, la maternité et les convenances, commentent la vie intellectuelle et politique de leur époque, sans pour autant exclure les tracas du quotidien et les potins dont elles raffolent. Chacune y apparaît comme le phare de l’autre, mêlant la tendresse de la sororité à des réflexions plus vastes sur la création.
Une sélection de deux cent quinze lettres qui forment une correspondance croisée inédite. ” (Site des Éditions de la Table Ronde)

Le 28 mars 1941, Virginia Woolf (née Adeline Virginia Alexandra Stephen) emplit ses poches de cailloux et se suicide par noyade dans la rivière de l’Ouse, près de sa maison de Monk’s House, dans le village de Rodmell (Sussex de l’Est), où elle vivait avec son mari Leonard Woolf. Elle avait 59 ans. Son corps est retrouvé trois semaines plus tard, le 18 avril. Il sera incinéré le 21 avril. Son mari, Leonard Woolf, enterre seul les cendres sous l’un des grands ormes du jardin de Monk’s House.

Voici la dernère lettre qu’elle a écrite à sa soeur. (Page 592)

Dimanche [23 ? mars 1941]
[Monk’s House, Rodmell]

Ma chérie,
Tu ne peux savoir combien ta lettre m’a fait plaisir. Mais je sens que je suis allée trop loin cette fois pour jamais revenir. Je suis certaine à présent de retomber dans la folie. C’est exactement comme la première fois, j’entends tout le temps des voix, et je sais que je ne m’en relèverai pas.
Tout ce que je tiens à dire, c’est que Leonard a été d’une incroyable bonté, chaque jour, à tout moment ; personne n’aurait pu faire ce qu’il a fait pour moi. Nous avons été parfaitement heureux jusqu’à ces dernières semaines, quand cette horreur a commencé. Pourras-tu l’en assurer ? Il a encore tant à faire que je sens qu’il poursuivra, bien mieux sans moi, et tu l’y aideras.
Je n’arrive presque plus à penser clairement. Si j’y arrivais je te dirais tout ce que toi et les enfants avez représenté pour moi. Je crois que tu le sais.
J’ai lutté, mais je n’y arrive plus.
Virginia.

Autoportrait (Vanessa Bell). Vers 1915. New Haven, Connecticut. Yale Center for British Art.

Diego Velázquez

Jérémie Keoning a publié à la rentrée de septembre 2025 un passionnant petit livre : Enquête sur Les Ménines. Velázquez et le regard du roi chez Actes Sud.

Il publie en annexe la célèbre description d’Antonio Palomino.

Antonio Palomino de Castro y Velasco, Museo pictórico y escala, óptica, 3 tomes. Madrid, Lucas Antonio de Bedamar. 1715-1724. Édition moderne : Vida de Don Diego de Velázquez de Silva. Akal, Madrid, 2008.

[343]

VII. En que se describe la más ilustre Obra de Don Diego Velazquez.

Entre las pinturas maravillosas que hizo Don Diego Velázquez, fue una del cuadro grande con el retrato de la Señora Emperatriz (entonces Infanta de España) Doña Margarita Maria de Austria, siendo de muy poca edad. Faltan palabras para explicar su mucha gracia, viveza y hermosura; pero su mismo retrato es el mejor panegírico. A sus pies está de rodillas Doña Maria Agustina, menina de la reina, hija de Don Diego Sarmiento, administrándole agua en un búcaro. Al otro lado está Doña Isabel de Velasco (hija de Don Bernardino López de Ayala y Velasco, Conde de Fuensalida, gentilhombre de cámara de su majestad), Menina también, y después Dama, con un movimiento y acción proprísima de hablar. En principal término está un perro echado; junto a él, Nicolasico Pertusato Enano, pisándolo, para explicar al mismo tiempo que su ferocidad en la figura, lo doméstico y manso en el sufrimiento; pues cuando le retrataban se quedaba inmóvil en la acción que le ponían. Esta figura es obscura y principal, y hace a la composición gran armonía. Detrás está Mari Barbola Enana, de aspecto formidable. En término más distante y en media tinta está Doña Marcela de Ulloa, Señora de Honor, y un Guardadamas que hacen a lo historiado maravilloso efecto. Al otro lado está Don Diego Velázquez pintando. Tiene la tabla de los colores en la mano siniestra, y en la diestra el pincel, la llave de la Cámara y de Aposentador en la cinta, y en el pecho el hábito de Santiago, que después de muerto le mandó su Majestad se le pintasen. Y algunos dicen que Su Majestad mismo se lo pintó para aliento de los profesores de esta nobilísima arte con tan superior cronista; porque cuando pintó Velazquez este cuadro, no le había hecho el rey esta merced. Con no menos artificio considero este retrato de Velazquez que el de Fidias, escultor y pintor famoso, que puso su retrato en el escudo de la estatua que hizo de la Diosa Minerva, fabricándole con tal artificio que si de allí se quitase se deshiciese también de todo punto la estatua.

No menos eterno hizo Ticiano su nombre con haberse retratado teniendo en sus manos otro con la efigie del Señor Rey Don Phelipe Segundo; y así como el nombre de Fidias jamás se borró en cuanto estuvo entera la estatua de Minerva, y el de Ticiano en cuanto durase el del Señor Phelipe Segundo, así también el de Velazquez durará de unos siglos en otros, en cuanto durare el de la excelsa cuanto preciosa Margarita, a cuya sombra inmortaliza su imagen con los benignos influjos de tan soberano dueño.

El lienzo en que está pintado es grande, y no se ve nada de lo pintado, porque se mira por la parte posterior, que arrima al caballete.

Dio muestras de su claro ingenio Velazquez en descubrir lo que pintaba con ingeniosa traza, valiéndose de la cristalina luz de un espejo que pintó en lo último de la galería, y frontero al cuadro, en el cual la reflexión o repercusión nos representa a nuestros Católicos Reyes Phelipe y Mariana. En esta galería, que es la del cuarto del príncipe, donde se finge y donde se pintó, se ven varias pinturas por las paredes, aunque con poca claridad; conócese ser de Rubens, e historias de las Metamorfosios de Ovidio. Tiene esta galería varias ventanas que se ven en disminución, que hacen parecer grande la distancia; es la luz izquierda, que entra por ellas, y sólo por las principales y últimas. El pavimento es liso y con tal perspectiva que parece se puede caminar por él; y en el techo se descubre la misma cantidad. Al lado izquierdo del espejo está una puerta abierta, que sale a una escalera, en la cual está Joseph Nieto, Aposentador de la Reina, muy parecido, no obstante la distancia y degradación de cantidad y luz en que le supone. Entre las figuras hay ambiente; lo historiado es superior; el capricho nuevo; y, en fin, no hay encarecimiento que iguale al gusto y diligencia de esta obra: porque es verdad, no pintura. Acabóla Don Diego Velazquez el año de 1656, dejando en ella mucho que admirar y nada que exceder. Pudiera decir Velazquez (a no ser más modesto) de esta pintura lo que dijo Ceuxis de la bella Penelope (de cuya obra quedó tan satisfecho): In visurum aliquem, facilius, quam imitaturum; que más fácil sería envidiarla que imitarla.

Esta pintura fue de Su Majestad muy estimada y, en tanto que se hacía, asistió frecuentemente a verla pintar. Y asimismo, la Reyna nuestra Señora Doña Maria Ana de Austria bajaba muchas veces, y las Señoras Infantas, y Damas, estimándolo por agradable deleite y entretenimiento. Colocóse en el cuarto bajo de su majestad, en la pieza del despacho, entre otras excelentes; y habiendo venido en estos tiempos Lucas Jordan, llegando a verla, preguntóle el Señor Carlos Segundo, viéndole como atónito: ¿Qué os parece? Y dijo: Señor, esta es la teología de la pintura, queriendo dar a entender que así como la teología es la superior de las ciencias, así aquel cuadro era lo superior de la pintura

Traduction (Jérémie Koering).

Où est décrite l’oeuvre la plus illustre de Don Diego de Velázquez.

Parmi toutes les peintures merveilleuses faites par Don Diego Velázquez, il y a un grand tableau avec le portrait de l’impératrice Marguerite-Marie d’Autriche (alors infante d’Espagne) dans son plus jeune âge. Les mots font défaut pour expliquer toute sa grâce, sa vivacité et sa beauté, mais le portrait lui-même est le meilleur des éloges. Agenouillée à ses pieds, Doña María Agustina, ménine de la reine et fille de Don Diego Sarmiento, lui offre de l’eau dans une cruche d’argile. De l’autre côté, Doña Isabel de Velasco (fille de Don Bernardino López de Ayala y Velasco, comte de Fuensalida, gentilhomme de la Chambre du roi), également ménine, avant d’être suivante de la reine, a l’attitude et le mouvement de quelqu’un qui s’apprête à parler. Á l’avant se tient un chien couché, et à ses côtés le nain Nicolasico Pertusato, en train de lui marcher dessus, comme pour montrer que sa férocité était domestiquée, et qu’il restait docile dans la souffrance ; car quand on le peignait, il demeurait immobile quelle que soit la position dans laquelle on le plaçait. Cette figue est sombre et confère une grande harmonie à la composition. Juste derrière on trouve la naine Mari Bárbola, à l’aspect formidable. Plus loin, dans la demi-pénombre, Doña Marcela de Ulloa, dame d’honneur, et un écuyer des dames de la cour confèrent à la scène un merveilleux effet. De l’autre côté, Don Diego Velázquez est en train de peindre ; il tient la palette de couleurs dans la main gauche et le pinceau dans la droite ; la double clé de la Chambre et du Chambellan du Palais pend à sa ceinture ; et il porte sur la poitrine l’insigne de Saint-Jacques, que Sa Majesté a ordonné de peindre après sa mort. D’aucuns disent que c’est Sa Majesté elle-même qui le peignit, pour encourager les praticiens de ce très noble art avec l’exemple d’un si grand chroniqueur. Car au moment où Veláquez peignit ce tableau, le roi ne lui avait pas encore octroyé cet honneur. Je considère ce portrait de Velázquez aussi habile que celui que peignit Phidias, fameux peintre et sculpteur, sur le bouclier de la statue de la déesse Minerve, le composant avec un tel art que, s’il avait été retiré, la statue tout entière s’en serait trouvée défaite.

Titien ne rendit pas moins éternel son nom lorsqu’il peignit lui-même tenant dans ses mains un portrait à l’effigie de Philippe I I ; et de même que le nom de Phidias perdurera tant que la statue de Minerve restera entière, et que le nom de Titien sera préservé tant qu’existera le portrait de Philippe II, celui de Velázquez durera siècle après siècle, aussi longtemps que sera conservé le portrait de l’excellente et précieuse Marguerite, à l’ombre de laquelle il immortalise son image sous l’influence bénigne d’une aussi digne souveraine.

La toile sur laquelle il est en train de peindre est de grande dimension, et rien de ce qu’il peint n’est visible, car on la regarde depuis la partie arrière, du côté qui repose sur le chevalet.

Velázquez a fait preuve d’une évidente ingéniosité pour révéler ce qu’il peignalt en utilisant astucieusement la lumière cristalline d’un miroir peint au fond de la Galerie, devant le cadre, et grâce auquel le reflet, ou la réflexion, représente nos rois catholiques Philippe et Mariana. Dans cette Galerie, qui est celle des appartements du prince, où il se représente en train de peindre, on peut voir, bien que difficilement, plusieurs tableaux de Rubens représentant des histoires tirées des Métamorphoses d’Ovide.

Cette Galerie a plusieurs fenêtres, que l’on voit progressivement diminuer, et qui donnent une impression de profondeur ; la lumière entre par la gauche mais seulement par la première et la dernière fenêtre. Le sol est lisse, mais avec une telle perspective qu’il semble possible d’y cheminer ; du plafond, on peut voir tout autant de surface.

Á gauche du miroir se trouve une porte, qui mène à un escalier où se tient Joseph Nieto, aposentador de la reine. Il est très ressemblant malgré la distance, la diminution de la lumière et sa taille. Entre les personnages, il y a de l’air. La composition historiée est supérieure et le caprice figuratif nouveau.

Enfin, aucune louange ne saurait faire justice au goût et à l’habileté de cette oeuvre, car elle est plutôt réalité que peinture. Don Diego Velázquez l’a achevée en l’année 1656, y laissant beaucoup à admirer, et rien à surpasser. Velázquez aurait pu dire de cette peinture (s’il n’avait été aussi modeste) ce que Zeuxis avait dit de la belle Pénélope (une oeuvre dont il était si satisfait) : “In visirum aliquem, facilius, quam imitaturum” (il serait plus facile de l’envier que de l’imiter”).

Cette peinture fut très estimée de Sa Majesté, de sorte qu’elle allait très souvent la voir au moment de son exécution ; ce que faisait également Notre Reine, Marie-Anne d’Autriche, et les infantes et les nobles dames qui trouvaient en cela un divertissement des plus délectables. Elle fut placée dans l’appartement bas de Sa Majesté, dans son bureau, parmi d’autres oeuvres excellentes. Et Luca Giordano, étant venu la voir à cette époque-là, le roi Charles II, qui le voyait tout stupéfait, lui demanda : qu’en pensez-vous ? Et il répondit : Sire, c’est la théologie de la peinture ! Donnant à entendre par là que, tout comme la théologie est la plus haute des sciences, ce tableau est le sommet de la peinture.

Philippe Lançon a publié dans Libération à ce sujet le 17 décembre 2025 L’énigme des «Ménines» de Velázquez au cœur d’une enquête érudite et sensible.

https://www.liberation.fr/culture/livres/lenigme-des-menines-de-velazquez-au-coeur-dune-enquete-erudite-et-sensible-20251217/

On peut aussi écouter le podcast de l’émission de Patrick Boucheron du dimanche 16 novembre 2025 Allons-y voir ! : Le piège de Velázquez : “Les Ménines”, fiction et théorie.

https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/allons-y-voir/le-piege-de-velazquez-les-menines-fiction-et-theorie-6896699

“Les Ménines ! Encore ? Non ! Non ! Par pitié ! Ça suffit avec Les Ménines ! On a tout dit sur elles ! Tout et rien ? D’accord, mais quand même, maintenant, ça commence à bien faire”. Tel est le célèbre début du dernier chapitre de On n’y voit rien de Daniel Arasse, intitulé ” L’œil du maître “.

La Leçon d’équitation du prince Balthazar Carlos (Diego Velázquez). 1636-1637. Londres, Collection du duc de Westminster.

Manuel Vicent

Manuel Vicent. (Andrea Comas). Madrid, décembre 2025.

J’ai toujours un grand plaisir à lire dans El País les articles de l’écrivain et journaliste Manuel Vicent, 91 ans, même quand il est très triste après la mort d’un ami.

El País, 14 de junio de 2026

Adiós a un amigo (Manuel Vicent)

Envejecer también consiste en que cada vez suena más a menudo el teléfono y alguien te pregunta: “¿Sabes quién ha muerto?“. Puede tratarse de un amigo de la infancia, de aquel primer amor que ya habías olvidado, de un camarada al que te unía el tiempo feliz de la lucha por la libertad. Esta vez la voz por el teléfono me ha hecho saber que la vida se ha llevado a mi amigo el poeta y biólogo Tono Fornes hacia esa región de donde nadie regresa para decirte que en el cielo también hay anchoas. Volveré al mar este verano y Tono ya no estará esperando en el pantalán con el motor de su velero en marcha, con todos los aparejos dispuestos para zarpar. Se habrá llevado con el viento en las velas las canciones de Nana Mouskouri que sonaban en el silencio de alta mar mientras navegábamos esperando a que se avistara el cabo de la Nao por el filo del acantilado que era el momento en que comenzaba a trabajar el curricán. En realidad, más que a pescar el hipotético atún o el esquivo pez limón, salíamos cada mañana a capturar el milagro del amanecer. Tengo entendido que uno será siempre joven mientras nunca deje de sorprenderse ante la salida del sol, como si fuera la primera y última vez cada mañana. Tono había sido pareja de Pepa, la mítica librera de Ambra que hace ya unos años que se fue al estanque dorado donde permanece sumergida en mi memoria. Con ellos se han ido los momentos de placer de tantos felices veranos, tantas historias contadas en las sobremesas bajo el sonido de chicharras. Todo en nuestra amistad fue sencillo, natural y alegre. Salíamos a la mar entre dos luces cuando los chavales aún seguían bailando como caballos insomnes en las discotecas. La mar estaba desierta a esa hora. “¿Qué rumbo tomamos hoy?”, preguntaba Tono. “Hacia la isla del tesoro, como siempre”, decía yo. Navegar el Mediterráneo solo era un proyecto mental. Sabíamos que cada ola venía desde el fondo de la historia y te permitía imaginar que la isla del tesoro se hallaba detrás de la escollera.

Una historia particular (Memorias). Madrid, Alfaguara; 2024.

Marcel Proust

Portrait de Marcel Proust (Jacques-Emile Blanche). 1892. Paris, Musée d’Orsay.

Depuis 1907, Marcel Proust habite un appartement au 1er étage du 102 boulevard Haussmann (Paris VIII). L’immeuble appartient à sa tante, Amélie Oulman, veuve de Denis-Georges Weil, le frère de sa mère. En janvier 1919, Il apprend qu’elle vient de vendre l’immeuble à la Société Nancéienne Varin-Bernier qui va y installer des bureaux.

Plaque. 102 boulevard Haussmann. Paris VIII.

Il doit déménager. Il accepte de louer provisoirement un petit appartement meublé situé au quatrième étage du 8 bis de la rue Laurent-Pichat (petite rue d’une dizaine de numéros qui relie l’avenue Foch, « boulevard du Bois » à l’époque) à la rue Pergolèse. Il appartient à l’actrice Réjane, (1893-1982) qui aime et admire l’écrivain. Son fils, Jacques Porel (1893-1982) connaît Proust. Informé de la situation dans laquelle se trouve l’écrivain, il lui propose de lui louer ce logement pour l’instant inoccupé, moyennant un loyer assez élevé.

Madame Réjane (Giovanni Boldini). Vers 1885. Collection particulière.

La vie de Proust dans l’appartement se révèle rapidement un enfer. Pendant plusieurs jours, il souffre de crises d’asthme terribles. Il est incommodé aussi par le bruit des voisins, les murs étant trop minces ainsi que par des travaux. Il ne peut ni dormir ni travailler. Le 17 juin, il se plaint d’avoir passé vingt jours sans avoir pu trouver une demi-heure de sommeil.

L’écrivain qui a emménagé dans cet appartement bruyant le 31 mai 1919 le quitte finalement le 1er octobre et s’installe au 44 rue Hamelin (Paris-XVI), son dernier logement. Il y meurt le 18 novembre 1922.

Plaque. 44 rue Hamelin. Paris XVI.

À Jacques Porel.

[Peu après le 15 juillet 1919]

« Cher ami,

Comme c’est triste que vous ne soyez pas venu me dire adieu avant de quitter Paris. Quoique vous trouvant à nouveau « Porel le léger » j’aurais été bien content…
(…) J’aurais quitté la rue Laurent-Pichat quand vous reviendrez. (…) Je regretterai les fleurs noir et blanc sur fond rouge, mais je les ai décrites. Et je vous enverrai la description une fois que je serai emménagé. (…) Reynaldo Hahn m’a signalé un appartement rue de Rivoli à 3 000 francs (ce que je dépense par semaine). La princesse Soutzo, qui appelle ses promenades du matin chercher un appartement pour moi ! en a vu un à 30 000 francs ; elle a déclaré : Cela me semble certainement bien cher, même pour Céleste. Vous serez gentil de dire à Madame votre mère que je n’ai, rue Laurent-Pichat, ni piano ni maîtresse. Je suis innocent des bruits de l’immeuble qui amènent des réclamations d’un étage à l’autre. Les voisins dont me sépare la cloison font d’autre part l’amour tous les jours avec une frénésie dont je suis jaloux. Quand je pense que pour moi cette sensation est plus faible que celle de boire un verre de bière fraîche, j’envie des gens qui peuvent pousser des cris tels que la première fois j’ai cru à un assassinat, mais bien vite le cri de la femme, repris un octave plus bas par l’homme, m’a rassuré sur ce qui se passait. Je ne suis pas responsable de ce boucan qui doit être entendu jusqu’à des distances aussi grandes que ce cri des baleines amoureuses que Michelet montre dressées comme les deux tours de Notre-Dame. (…) Je vous prie réhabilitez-moi auprès de Madame votre mère pour l’amour et pour le piano. Je ne connais que l’asthme. (…)
[Un article] que la NRF m’annonçait comme un bouquet de fleurs et qui est un tombereau d’excréments. M.Vandérem n’emportera pas en paradis cette métamorphose. Remarquez que je trouve tout naturel qu’on n’aime pas Swann (en particulier moi qui ne l’aime pas). Mais Vandérem (c’est là le comique) m’avait écrit il y a quelques mois exactement l’inverse jusque dans les mêmes termes. La lettre de Vandérem n’était nullement une des lettres aimables que j’ai reçues sur Swann (connaissez-vous l’admirable de Francis Jammes) mais enfin c’est miraculeusement les mêmes mots pour dire le contraire. Par exemple dans la lettre de Vandérem : «  Swann est exactement tout ce que j’aime, vous avez eu l’art d’y mettre tout. » Dans l’article du même Vandérem : «  Swann est exactement le contraire de ce que j’aime, etc. » Je plains les critiques. (…)

Marcel Proust, Lettres. Plon, 2004.

Le narrateur d’ À la recherche du temps perdu se trouve placé dans une situation analogue de témoin auditif, lorsqu’il espionne Charlus et Jupien.

« Mais quand je fus dans la boutique, évitant de faire craquer le moins du monde le plancher, en me rendant compte que le plus léger bruit dans la boutique de Jupien s’entendait de la mienne, je songeai combien Jupien et M. de Charlus avaient été imprudents et combien la chance les avait servis.
Je n’osais bouger. Le palefrenier des Guermantes, profitant sans doute de leur absence, avait bien transféré dans la boutique où je me trouvais une échelle serrée jusque-là dans la remise. Et si j’y étais monté j’aurais pu ouvrir le vasistas et entendre comme si j’avais été chez Jupien même. Mais je craignais de faire du bruit. Du reste c’était inutile. Je n’eus même pas à regretter de n’être arrivé qu’au bout de quelques minutes dans ma boutique.

Car d’après ce que j’entendis les premiers temps dans celle de Jupien et qui ne furent que des sons inarticulés, je suppose que peu de paroles furent prononcées. Il est vrai que ces sons étaient si violents que, s’ils n’avaient pas été toujours repris un octave plus haut par une plainte parallèle, j’aurais pu croire qu’une personne en égorgeait une autre à côté de moi et qu’ensuite le meurtrier et sa victime ressuscitée prenaient un bain pour effacer les traces du crime. J’en conclus plus tard qu’il y a une chose aussi bruyante que la souffrance, c’est le plaisir, surtout quand s’y ajoutent—à défaut de la peur d’avoir des enfants, ce qui ne pouvait être le cas ici, malgré l’exemple peu probant de la Légende dorée—des soucis immédiats de propreté. Enfin au bout d’une demi-heure environ (pendant laquelle je m’étais hissé à pas de loup sur mon échelle afin de voir par le vasistas que je n’ouvris pas), une conversation s’engagea. Jupien refusait avec force l’argent que M. de Charlus voulait lui donner. »

Sodome et Gomorrhe. Gallimard. Première partie, 1921. Deuxième, 1922.

Margarethe von Trotta – Friedrich Hölderlin

Nous avons vu sur Arte le film de 1981 de Margarethe von Trotta Les années de plomb avec Jutta Lampe, Rüdiger Vogler, Barbara Sukowa, Luc Bondy.
Dans l’Allemagne des années 1960, la réalisatrice nous montre deux sœurs issues d’une famille de pasteurs protestants. L’une s’est engagée dans le journalisme et l’action féministe, l’autre dans la lutte armée. Margarethe von Trotta dresse le bilan d’une génération qui a basculé dans le terrorisme d’extrême-gauche. Quand la reconstruction allemande a voulu oublier le nazisme, certains enfants des “années de plomb” ont été attirés par la violence. L’histoire s’inspire de la vie de Christiane et Gudrun Ensslin (1940-1977), cofondatrice avec Andreas Baader (1943-1977) de la Fraction armée rouge. 

L’expression « années de plomb », utilisée pour cette période historique en Allemagne et en Italie a attiré mon attention.


Elle provient d’un poème d’Hölderlin : La promenade à la campagne (Der Gang aufs Land) . Ce poème évoque la couleur grise d’un ciel couvert. Cette élégie inachevée a été écrite à Stuttgart chez son ami Landauer à l’automne 1800.
Vers 5-6 : «  Trüb ists heut, es schlummern die Gäng und die Gassen und fast will / Mir es scheinen, es sei, als in der bleiernen Zeit. ».
Traduction littérale :
« C’est couvert aujourd’hui, somnolent les allées et les ruelles, et presque 
Me semblerait-il que c’est ainsi que dans l’âge de plomb. »

Il faut bien sûr lire la traduction de Philippe Jaccottet dans la Pléiade ou dans la collection Poésie/Gallimard.

La promenade à la campagne (Hölderlin)

À Landauer

Viens dans l’Ouvert, ami ! bien qu’aujourd’hui peu de lumière
Scintille encore, et que le ciel nous soit prison.
Les cimes des forêts à notre gré ni les montagnes
N’ont pu s’épanouir, et l’air reste sans voix.
Il fait sombre, allées et ruelles dorment, et pour un peu
Je nous croirais à l’âge du plomb revenus.
Pourtant un voeu s’exauce, la juste foi n’est point troublée
Par un moment: ce jour soit voué à la joie !
Car ce n’est maigre aubaine que nous arrachons au ciel,
Comme ces dons aux enfants longtemps refusés.
Que seulement, de tels propos, de nos pas, de nos peines,
Le gain soit digne, et sans mensonge l’agrément !
C’est pourquoi je garde l’espoir, quand nous aurons risqué
Le pas rêvé, et d’abord délié nos langues
Et trouvé la parole, et notre coeur épanoui,
Quand du front ivre une autre raison jaillira,
Que notre floraison hâte la floraison du ciel,
Qu’ouverte soit au regard ouvert la lumière.

Car ce n’est pas affaire de puissance mais de vie,
Notre désir : joie et convenance à la fois.
Des favorables hirondelles, néanmoins, toujours
L’une ou l’autre prévient l’été dans les campagnes.
Aussi, pour consacrer d’un juste dire la hauteur
Où l’avisé bâtit une auberge à ses hôtes,
Afin que le plus beau les comble : cette riche vue,
Qu’au gré du coeur, tout ouverts et selon l’esprit,
Danse, festin, chants et joie de Stuttgart soient couronnés,
Nous gravirons, pleins d’un tel désir, la colline.
Que la lumière de mai, la bienveillante, là-haut dise
Propos meilleurs, par qui les écoute éclairés,
Ou que, s’il plaît à d’autres, selon le rite très ancien,
(C’est que les dieux plus d’une fois nous ont souri !)
Le charpentier prononce au faîte du toit la sentence,
Pour nous, chacun aura, de son mieux, fait sa part.

Mais le lieu est très beau, quand la vallée s’épanouit
Aux fêtes du printemps, quand au long du Neckar
Des saules verdissants, la forêt, la foule des arbres
Aux fleurs blanches flottent dans le berceau de l’air
Et qu’embrumée du haut en bas des collines la vigne
Gonfle et tiédit sous les parfums ensoleillés.

Traduction Philippe Jaccottet. Odes, Élégies, Hymnes. 1993. Poésie / Gallimard n°272. NRF.
Oeuvres. NRF. Pléiade, 1967.

Antonio Machado

Deux poèmes peu connus du grand Antonio Machado.

Anoche cuando dormía
soñé, ¡ bendita ilusión !,
que una fontana fluía
dentro de mi corazón.
Di, ¿ por qué acequia escondida,
agua, vienes hasta mí,
manantial de nueva vida
de donde nunca bebí ?
Anoche cuando dormía
soñé, ¡ bendita ilusión !,
que una colmena tenía
dentro de mi corazón ;
y las doradas abejas
iban fabricando en él,
con las amarguras viejas,
blanca cera y dulce miel.
Anoche cuando dormía
soñé, ¡ bendita ilusión !,
que un ardiente sol lucía
dentro de mi corazón.
Era ardiente porque daba
calores de rojo hogar,
y era sol porque alumbraba
y porque hacía llorar.
Anoche cuando dormía
soñé, ¡ bendita ilusión !,
que era Dios lo que tenía
dentro de mi corazón.

Humorismos, Fantasías, Apuntes… (1899-1907)

Hier soir, en dormant,
j’ai rêvé – illusion bénie ! –
qu’au-dedans de mon coeur
coulait une fontaine.
Dis-moi, pourquoi, filet caché,
eau, viens-tu jusqu’à moi,
source de vie nouvelle
où je n’ai jamais bu ?

Hier soir, en dormant,
j’ai rêvé – illusion bénie ! –
que j’avais une ruche
au-dedans de mon coeur ;
et que les abeilles dorées
y faisaient
avec mes vieilles amertumes
de la cire blanche, du miel doux.

Hier soir, en dormant,
j’ai rêvé, – illusion bénie! –
qu’au-dedans de mon coeur
luisait un soleil brûlant.
Il était brûlant, parce qu’il donnait
une chaleur de brasier flamboyant,
et c’était un soleil parce qu’il éclairait
et faisait pleurer.

Hier soir, en dormant,
j’ai rêvé, illusion bénie ! –
que c’était Dieu
que j’avais dans mon coeur.

Champs de Castille précédé de Solitudes, Galeries et autres poèmes et suivi des Poésies de la guerre. 2004. Traduction de Sylvie Léger et Bernard Sesé. NRF Poésie/ Gallimard n°144.

Acaso

Como atento no más a mi quimera
no reparaba en torno mío, un día
me sorprendió la fértil primavera
que en todo el ancho campo sonreía.

Brotaban verdes hojas
de las hinchadas yemas del ramaje,
y flores amarillas, blancas, rojas,
alegraban la mancha del paisaje.

Y era una lluvia de saetas de oro,
el sol sobre las frondas juveniles ;
del amplio río en el caudal sonoro
se miraban los álamos gentiles.

Tras de tanto camino es la primera
vez que miro brotar la primavera,
dije, y después, declamatoriamente :

– ¡ Cuán tarde ya para la dicha mía !-
Y luego, al caminar, como quien siente
alas de otra ilusión : -Y todavía
¡ yo alcanzaré mi juventud un día !

Humorismos, Fantasías, Apuntes… (1899-1907)

Peut-être…

Comme je n’avais d’yeux que pour ma chimère,
ne voyant rien autour de moi, un jour
me surprit le printemps fertile
qui souriait sur toute la vaste campagne.

Des vertes feuilles surgissaient
des bourgeons gonflés des ramures,
et des fleurs jaunes, blanches, rouges,
égayaient l’ombre du paysage.

Et le soleil sur les frondaisons jeunes
était une pluie de flèches dorées ;
dans le lit de l’ample rivière
se miraient les gracieux peupliers.

Après tant de chemins, c’est la première fois
que je vois jaillir le printemps,
dis-je, et puis, en déclamant :

– Comme il est tard déjà pour mon bonheur ! –
Puis, cheminant, comme qui sentirait
les ailes d’une autre illusion : – Oh ! Pourtant je trouverai
ma jeunesse un jour !

Champs de Castille précédé de Solitudes, Galeries et autres poèmes et suivi des Poésies de la guerre. 2004. Traduction de Sylvie Léger et Bernard Sesé. NRF Poésie/ Gallimard n°144.

Madrid, Real Academia Española. Exposición Los Machado. Retrato de familia 30 de abril de 2025 – 29 de junio de 2025 (CFA).