Miguel Hernández

Las abarcas desiertas

Por el cinco de enero,
cada enero ponía
mi calzado cabrero
a la ventana fría.

Y encontraba los días
que derriban las puertas,
mis abarcas vacías,
mis abarcas desiertas.

Nunca tuve zapatos,
ni trajes, ni palabras:
siempre tuve regatos,
siempre penas y cabras.

Me vistió la pobreza,
me lamió el cuerpo el río
y del pie a la cabeza
pasto fui del rocío.

Por el cinco de enero,
para el seis, yo quería
que fuera el mundo entero
una juguetería.

Y al andar la alborada
removiendo las huertas,
mis abarcas sin nada,
mis abarcas desiertas.

Ningún rey coronado
tuvo pie, tuvo gana
para ver el calzado
de mi pobre ventana.

Toda gente de trono,
toda gente de botas
se rió con encono
de mis abarcas rotas.

Rabié de llanto, hasta
cubrir de sal mi piel,
por un mundo de pasta
y unos hombres de miel.

Por el cinco de enero
de la majada mía
mi calzado cabrero
a la escarcha salía.

Y hacia el seis, mis miradas
hallaban en sus puertas
mis abarcas heladas,
mis abarcas desiertas.

Poemas sueltos IV. Publicado por primera vez en el diario Ayuda, el 2 de enero de 1937

https://goo.gl/Z6jh4T

Un article du poète Luis García Montero publié dans Infolibre à propos de la circulation de ce poème sur les réseaux sociaux ces jours-ci.

Albert Camus

Le 4 janvier 1960, mourait Albert Camus avec son ami Michel Gallimard dans un accident de voiture sur la Nationale 6, au lieu-dit Le Petit-Villeblevin, dans l’Yonne.
J’ai relu ces jours-ci La Chute, son roman le plus singulier, qui se passe à Amsterdam.

Aharon Appelfeld

Le romancier israélien Aharon Appelfeld est mort le 4 janvier 2018 à l’âge de 85 ans.

Il était né en 1932 à Jadova, près de Czernowitz en Bucovine (aujourd’hui Tchernivtsi, en Ukraine) dans une famillle aisée. Compatriote du poète Paul Celan (1920-1970) qu’il rencontrera plus tard.

Sa mère fut assassinée en 1940. Il entendait encore, disait-il, la détonation du coup de feu qui la tua.

Il connut le ghetto, puis la séparation d’avec son père (qu’il ne reverra qu’en 1957) et la déportation dans un camp à la frontière ukrainienne, en Transnistrie, en 1941. Il parvint à s’évader à l’automne 1942 et se cacha dans les forêts pendant plusieurs mois. Il trouva refuge pour l’hiver chez des paysans qui lui donnèrent un abri et de la nourriture contre du travail, mais fut obligé de cacher qu’il était juif. Il fut ensuite recueilli par l’Armée rouge. Il traversa l’Europe pendant des mois avec un groupe d’adolescents orphelins, arriva en Italie et, grâce à une association juive, s’embarqua clandestinement pour la Palestine où il arriva en 1946.

Il commença à écrire dans les années 60.

L’écriture me rend à moi-même, et me rend mon père, ma mère, et la première maison où j’ai vu le jour. C’est presque toujours de cette maison que je pars vers mes voyages imaginaires. Franchir le seuil de ce lieu qui n’existe plus me procure la stabilité nécessaire, et l’assurance que mon entreprise sera fructueuse.
J’avoue : l’écriture ne me pousse pas à écrire sur mon quotidien, mes liens sociaux ou politiques. Je pars à la recherche d’une musique qui me conduira vers les visions de mon enfance qui me purifient, et me permettent de prendre conscience d’autres pans de ma vie. La musique est mon guide.” (La musique des mots simples, publié dans Le Monde, 13/03/2018).

Il se définissait comme “un écrivain juif” en Israël.

Il fut l’ami de Philip Roth et apparaît dans le roman de celui-ci: Opération Shylock : Une confession, 1993.
Voir aussi l’entretien de Philip Roth avec Aharon Appelfeld dans Parlons travail, Gallimard, 2006. “Appelfeld est l’écrivain déplacé d’une fiction déplacée qui a fait du déplacement et de la désorientation un sujet qui lui est propre.

Romans à lire absolument (très bien traduits par Valérie Zenatti):
Histoire d’une vie, 1999 (publié aux éditions de l’Olivier en 2004. Prix Médicis étranger)
Les partisans, 2015 (Editions de l’Olivier).

Paris Librairie Les Cahiers de Colette. 23 Rue Rambuteau, 75004 Paris.

Le voyage (Charles Baudelaire)

                           À Maxime Du Camp

I

Pour l’enfant, amoureux de cartes et d’estampes,
L’univers est égal à son vaste appétit.
Ah ! que le monde est grand à la clarté des lampes !
Aux yeux du souvenir que le monde est petit !

Un matin nous partons, le cerveau plein de flamme,
Le coeur gros de rancune et de désirs amers,
Et nous allons, suivant le rythme de la lame,
Berçant notre infini sur le fini des mers :

Les uns, joyeux de fuir une patrie infâme ;
D’autres, l’horreur de leurs berceaux, et quelques-uns,
Astrologues noyés dans les yeux d’une femme,
La Circé tyrannique aux dangereux parfums.

Pour n’être pas changés en bêtes, ils s’enivrent
D’espace et de lumière et de cieux embrasés ;
La glace qui les mord, les soleils qui les cuivrent,
Effacent lentement la marque des baisers.

Mais les vrais voyageurs sont ceux-là seuls qui partent
Pour partir ; coeurs légers, semblables aux ballons,
De leur fatalité jamais ils ne s’écartent,
Et sans savoir pourquoi, disent toujours : Allons !

Ceux-là, dont les désirs ont la forme des nues,
Et qui rêvent, ainsi qu’un conscrit le canon,
De vastes voluptés, changeantes, inconnues,
Et dont l’esprit humain n’a jamais su le nom !